Paris VIème arrondissement. Terrasse de café. Soleil voilé. Parasols fermés. Couple d’amoureux filmé de profil. Mains superposées sur la table au milieu des verres. Sourires béats sur les visages. Peu de paroles échangées.
Voilà quelles indications un réalisateur de cinéma pourrait lire dans le scénario s’il voulait adapter l’histoire de Caroline et Georges et tourner la scène du café, celle de la plénitude. Il faudrait qu’il soit sobre, que la caméra reste fixe. Inutile de forcer sur les effets, de faire tournoyer les images. Les mots doivent être rares pour ne pas paraître plats ou, pire, emphatiques. Les regards des deux protagonistes parlent suffisamment. La musique doit être légère, à peine audible, un peu saccadée, comme pour suggérer deux cœurs qui battent à l’unisson. Le jeu des mains qui se touchent, se caressent, s’enchevêtrent, s’agrippent l’une à l’autre, est au centre de l’image.
Caroline et Georges savourent cet instant merveilleux qu’ils ne voudraient jamais voir s’arrêter. Ils restent près de deux heures à cette terrasse de café malgré le vent glacial qui vient la balayer. Ils sont seuls au monde, comme dans une bulle au milieu du désert.
Pourtant, la plénitude qui se manifeste ce matin-là et qu’un apprenti cinéaste aurait toutes les peines du monde à suggérer ne peut pas durer. Parce qu’elle est trop abstraite, trop dégagée des réalités matérielles. Parce que Caroline va devoir déménager ses affaires chez Georges et, surtout, s’occuper de son divorce. Parce que Georges va devoir perdre quelques habitudes de célibataires qui à la longue risquent d’irriter Caroline. Parce que vivre en société ce n’est pas seuls au monde mais avec les autres que cela se conjugue.
Caroline et Georges n’ont pas encore engrangé suffisamment de ces moments passés ensemble qui permettent de cimenter une histoire et de la rendre plus résistante. Ils ne peuvent pas regarder en arrière, se souvenir des jours heureux, ils n’ont rien à sauver si ce n’est une histoire balbutiante. L’enjeu est de prendre ses marques sans tomber dans la routine, d’apprendre à vivre avec l’autre et non se contenter de supporter sa présence.
Un cap à franchir.
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