Georges tourne en rond dans le salon depuis une heure. Il a déjà laissé dix messages sur le portable de Caroline. Il a téléphoné à Monique qui ne sait pas où elle se trouve. Du moins elle ne veut pas lui dire, car Georges imagine que Caroline a du l’appeler après leur dispute tout à l’heure au théâtre.
23h30 : Caroline rentre enfin. Georges s’assoit dans le canapé, silencieux. Il lui laisse le temps de poser sa veste, son sac, d’enlever ses chaussures. Elle sait qu’il l’attend. Elle a écouté les messages qu’il lui a laissés.
La discussion ne dure pas très longtemps. Chacun reconnaît ses torts. Chacun ? Georges n’est pas le seul responsable. Certes, il aurait du parler à Caroline avant, ne pas lui annoncer sa décision concernant la pièce de cette manière. Mais lorsqu’il souhaitait en parler avec Caroline, lorsqu’il lui avouait craindre ne pas être capable de mener de front un grand rôle au théâtre et ses affaires d’avocat, elle ne l’écoutait pas. Ou plutôt, elle ne voulait rien entendre. Prendre ses désirs pour la réalité : jamais expression ne fut aussi appropriée que pour décrire l’état d’esprit de Caroline.
Ces paroles furent dures à entendre, mais elle s’y était préparée. Elle en était arrivée à cette même conclusion lorsqu’elle avait déambulé dans Paris à sa sortie du théâtre. Non, elle n’avait pas appelé Monique, elle ne se sentait pas capable d’écouter les reproches qu’elle n’aurait pas manqué de lui faire, elle qui avait pris fait et cause pour Georges ces derniers temps. Et puis, finalement, Caroline se les était fait seule, ces reproches.
Cette soirée, riche en émotion, lui permit de comprendre que l’état de grâce de sa relation avec Georges était terminé. Mais elle s’apprêtait à vivre la suite de l’histoire avec confiance. Confiance en Georges, confiance en sa sincérité.



