Voici un gros plan sur une proposition du pacte présidentiel de Ségolène Royal que je trouve particulièrement intéressante : Mettre en place un revenu de solidarité active (RSA) permettant l’amélioration d’un tiers de ses ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux reprenant le travail.
Cette proposition est notamment inspirée des travaux de la commission Familles, vulnérabilité, pauvreté (avril 2005) présidée par Martin Hirsch (Président d’Emmaüs France).
De quoi s’agit-il ? Cela consiste à passer d’une configuration dans laquelle un individu peut soit relever de prestations d’assistance (comme le RMI), soit entrer dans le monde du travail mais sans garantie de sortir de la pauvreté, à un système permettant de combiner revenus du travail et revenus de la solidarité.
Dans de nombreux cas, le retour à l’emploi pour un bénéficiaire de minima sociaux (ASS, RMI ou API) s’accompagne d’une réduction des ressources de la famille : le gain occasionné par le salaire (il s’agit souvent lors de la reprise d’emploi de contrats précaires, à temps partiel) se transforme en effet en perte de ressources si l’on prend en compte les aides liées aux minima sociaux qui disparaissent ou diminuent (CMU, aides au logement, aides sociales…) et les frais engendrés par la reprise du travail (garde des enfants, transport, habillement…).
Avec le Revenu de solidarité active, il s’agit de faire en sorte que quelle que soit la situation de départ, le produit de chaque heure travaillée puisse améliorer le revenu final de la famille en supprimant tout effet de seuil. Cette prestation intégrerait les sources de revenu que sont les minima sociaux, les aides fiscales (comme la prime pour l’emploi) voire les aides au logement. Elle garantira, même pour une activité à temps partiel ou lorsque les revenus du travail sont discontinus le long de l’année, que les ressources globales permettent de franchir le seuil de pauvreté. C’est donc rendre les revenus plus prévisibles pour les familles, les sortir d’un système d’assistanat aux effets pervers en valorisant la reprise d’une activité.
Ce système, qui d’une part supprime les effets de seuil liés à la reprise d’un emploi et d’autre part remet en cause les cloisons entre assistance et activité, ne répond qu’à une partie du problème d’accès à l’emploi et devra être relayé par une politique active de promotion de l’emploi des personnes non qualifiées et de formation.
Les chiens aboient et la caravane passe. La campagne pour les élections présidentielles bat son plein et les rafles continuent. Qui s’en préoccupe ? Les sondages et les petites phrases sont tellement plus passionnants.
Depuis des semaines, le métro parisien est le théâtre de rafles de sans papiers. Certaines stations sont en particulier la cible de ces contrôles au goût particulier, telles Place de Clichy ou Stalingrad. La section RATP du Parti Communiste s’en est notamment émue dans un communiqué le 11 février dernier.
Sous prétexte de contrôler les titres de transport, des hommes, des femmes et des enfants sont directement embarqués dans des fourgons pour être ensuite expulsés de notre pays.
Cela rappelle d’autres pratiques : rafler les sans papiers juste à côté des Restos du Cœur au moment de la distribution des repas. Ou plus perfide encore : convoquer les gens en Préfecture en leur promettant d’étudier leur situation et en profiter pour les rafler, les mettre dans les centres de rétention avant l’expulsion. Cette dernière pratique a été déclarée hors la loi ces derniers jours mais qui ira demander des comptes au Ministre de l’Intérieur pour en avoir abuser ?
Un conseil : s’il vous arrive, par égarement, de penser que Nicolas Sarkozy pose les bonnes questions, regardez alors quelles sont ses réponses. Et demandez-vous si vous pouvez les tolérer et vous regarder dans la glace le matin en vous rasant.
A lire quelques commentaires et à écouter certains discours, je me dis que la violence n'est pas seulement là où on l'attend.
La violence dans un pays comme la France, dans une nation qui a une longue histoire d'immigration et d'asile, dans le pays du droit du sol, c'est de parler de maghrébins ou d'africains alors qu'il s'agit de français !
La violence c'est de ne pas offrir à ces jeunes le même traitement qu'aux autres parce qu'ils ne sont pas nés de la bonne couleur ni dans le bon quartier. La violence c'est de contrôler cent fois l'identité d'un noir et de laisser passer entre temps dix blancs.
La plus grande violence c'est cette discrimination, ce racisme latent, cet islamophobie rampante que nous ne pouvons pas accepter.
La violence c'est d'expulser des familles entières et d'oser dire que la France doit mener une politique familiale pour renforcer la natalité. Les familles qu'on expulse n'ont pas la bonne couleur pour peupler la France sans doute...
La violence c'est de voter des lois contre les mariages mixtes, contre le regroupement familial, des lois qui vont à l'encontre du droit européen et des droits de l'homme.
La violence c'est de voter une loi contre la délinquance qui fait du maire un chérif avec à sa botte les travailleurs sociaux.
La violence c'est de supprimer les aides aux associations dans les quartiers sensibles.
La violence c'est de supprimer la police de proximité pour la remplacer par des cars de CRS.
Bref, si la violence engendre la violence alors celle que je décris est peut-être la mère de tous ces maux.
A bon entendeur salut !
Suite à l’emménagement de Caroline chez Georges, une période que l’on pourrait qualifier de fusionnelle suivit. Lorsqu’on est amoureux, l’objectif est de tout partager avec l’autre, chaque moment, chaque instant, afin qu’il paraisse unique et inoubliable. La pellicule des souvenirs s’imprime alors de belles images de couple enlacé dans tous les lieux de la terre, dans tous les lieux de Paris pour Caroline et Georges.
Caroline avait sans doute entendu les paroles de sa mère dans son songe, en tout cas elle avait laissé tomber une à une toutes les activités qu’elle avait entamées dans sa période d’hyperactivité. Elle ne se consacrait plus qu’à son couple, comme à une autre époque, lorsqu’elle se consacrait à sa famille. Le bonheur semblait parfait.
C’est Georges qui le premier tira la sonnette d’alarme. Sans doute parce qu’il vivait en partie cette fusion comme une sorte d’envahissement, une atteinte à la liberté qu’il avait patiemment su se créer pendant ses années de solitude forcée. Il était heureux avec Caroline, c’était indéniable, mais il sentait que ces beaux jours ne pourraient durer indéfiniment et qu’un danger d’étouffement planait sur leur vie, ou plutôt leurs vies.
Ne sachant comment aborder le sujet directement avec Caroline, il se confessa à Monique. Cette dernière fut flattée de la confiance qu’il lui accordait et ne fut pas surprise des paroles échangées. Elle savait que les choses ne pouvaient pas durer ainsi entre Caroline et Georges, repliés sur eux-mêmes, comme sur une île déserte.
Monique entreprit donc de faire « sortir » davantage Caroline, via de nouvelles sorties shoppings, des séances de ciné entre copines, des visites d’expos. Caroline résista bien un peu au début, refusant de sortir sans Georges, désirant partager ses instants-là aussi avec lui. Mais Georges choisit ce moment pour renouer avec son ancien métier d’avocat en donnant un coup de main à un ami qui montait son cabinet.
Paris VIème arrondissement. Terrasse de café. Soleil voilé. Parasols fermés. Couple d’amoureux filmé de profil. Mains superposées sur la table au milieu des verres. Sourires béats sur les visages. Peu de paroles échangées.
Voilà quelles indications un réalisateur de cinéma pourrait lire dans le scénario s’il voulait adapter l’histoire de Caroline et Georges et tourner la scène du café, celle de la plénitude. Il faudrait qu’il soit sobre, que la caméra reste fixe. Inutile de forcer sur les effets, de faire tournoyer les images. Les mots doivent être rares pour ne pas paraître plats ou, pire, emphatiques. Les regards des deux protagonistes parlent suffisamment. La musique doit être légère, à peine audible, un peu saccadée, comme pour suggérer deux cœurs qui battent à l’unisson. Le jeu des mains qui se touchent, se caressent, s’enchevêtrent, s’agrippent l’une à l’autre, est au centre de l’image.
Caroline et Georges savourent cet instant merveilleux qu’ils ne voudraient jamais voir s’arrêter. Ils restent près de deux heures à cette terrasse de café malgré le vent glacial qui vient la balayer. Ils sont seuls au monde, comme dans une bulle au milieu du désert.
Pourtant, la plénitude qui se manifeste ce matin-là et qu’un apprenti cinéaste aurait toutes les peines du monde à suggérer ne peut pas durer. Parce qu’elle est trop abstraite, trop dégagée des réalités matérielles. Parce que Caroline va devoir déménager ses affaires chez Georges et, surtout, s’occuper de son divorce. Parce que Georges va devoir perdre quelques habitudes de célibataires qui à la longue risquent d’irriter Caroline. Parce que vivre en société ce n’est pas seuls au monde mais avec les autres que cela se conjugue.
Caroline et Georges n’ont pas encore engrangé suffisamment de ces moments passés ensemble qui permettent de cimenter une histoire et de la rendre plus résistante. Ils ne peuvent pas regarder en arrière, se souvenir des jours heureux, ils n’ont rien à sauver si ce n’est une histoire balbutiante. L’enjeu est de prendre ses marques sans tomber dans la routine, d’apprendre à vivre avec l’autre et non se contenter de supporter sa présence.
Un cap à franchir.
Caroline, seule dans le grand lit de la chambre d’ami, eut un sommeil agité cette nuit-là. En se couchant, elle n’avait pas encore pris de décision et se reposait sur l’espoir de la clarté matinale. Georges et son mari furent bien sur les héros principaux des rêves et cauchemars qui peuplèrent sa nuit. Il y eut ainsi les souvenirs des moments heureux passés avec son mari, plus nombreux qu’elle ne se l’imaginait. Souvenirs en noir et blanc cependant, tant ils lui paraissaient lointains et fragmentés. Il y eut aussi les projections d’un bonheur parfait avec Georges, main dans la main dans les loges d’un grand théâtre parisien ou en tête à tête à la terrasse d’un café vénitien. Pourquoi Venise ? Sans doute parce qu’elle y était allée avec son mari et que ses rêves mélangent habilement passé et futur pour la plus grande confusion de son esprit.
D’autres personnages viennent habiter la scène de son sommeil. Son fils aîné y joue le rôle étrange d’un fidèle confident, lui pourtant si distant dans la réalité. Dans une grande tirade émue il lui conseille de partir avec Georges, de vivre enfin sa vie. Il la rassure : il ne la jugera pas si elle quitte le foyer. Elle a consenti suffisamment de sacrifices pour ses enfants.
Arrive ensuite l’image de la mère, au visage extraordinairement doux et apaisé. Celle-ci lui remémore les mots qu’elle ne cessait de prononcer lorsqu’elle était à l’hôpital pour son cancer. Elle lui dit qu’elle a encore de nombreuses années devant elle, peut-être les plus belles, et qu’elle doit en profiter pour ne pas avoir de regrets plus tard. Si elle est convaincue de l’amour de Georges, elle ne doit pas hésiter une seconde. Le rejoindre ne pourra que donner le coup de fouet tant attendu à sa vie, faire sauter de nouveau son électrocardiogramme, si désespérément plat après des années de vie conjugale. Plus besoin de cours de droit à la fac, de séances de psy, de sorties shopping effrénées, de méditations qui n’avaient souvent d’orientales que l’encens brûlé, de course à l’amant avachi, de régimes amaigrissants qui font grossir, d’aquagym dans l’eau chlorée de la piscine… Plus besoin de tout ce qui ne rimait finalement qu’à un mouvement perpétuellement vide.
Georges ne dormit pas très bien non plus cette nuit-là. Il avait peur d’avoir été trop brusque avec Caroline en la mettant au pied du mur, en exigeant d’elle qu’elle se positionne rapidement. Ne l’avait-il pas effrayée dans cette hâte un peu brutale ?
Après s’être tourné et retourné des dizaines de fois dans son lit, il commençait à peine à dormir lorsque le téléphone sonna. C’était Caroline. Elle avait une petite voix. Et lui avait la bouche toute pâteuse. Quel couple ils formaient ce matin-là ! Ils se firent la réflexion, ce qui déclencha un fou rire nerveux chez chacun. Preuve supplémentaire de l’état de tension qui était le leur.
Un long silence suivit. Ce fut Caroline qui le brisa. Elle cherchait ses mots, comme une actrice qui n’est plus très sûre de son texte et qui remplace un mot par un autre, synonyme mais moins approprié. Mais ce qu’elle dit ce matin-là, même maladroitement, George ne l’oublierait jamais. Elle avait choisi de le rejoindre, de quitter son mari pour poursuivre sa route en sa compagnie.
Sans doute ces deux amants auraient-ils préféré dire et entendre ces paroles autrement qu’au téléphone. C’est pourquoi ils se donnèrent rendez-vous une heure plus tard dans un café. Avec l’émotion qui transformait leur voix, ils se dirent que ce rendez-vous scellerait ce bonheur commun dans la passion la plus profonde. Ils étaient comme deux adolescents face aux premiers émois sentimentaux. Ils étaient deux enfants devant le plus beau et le plus rare des cadeaux. Des gamins chanceux à qui la vie donnait une seconde chance.
Lorsque Caroline croisa son mari dans la cuisine juste après cette conversation, elle avait encore le regard brillant et le sourire aux lèvres. Celui-ci comprit immédiatement et l’interrogea plus pour avoir une confirmation que pour répondre à une incertitude. Les enfants étaient partis à l’école et ils pouvaient avoir une discussion entre adultes. Cela ne fut pas long. Qu’y avait-il à dire, de toutes façons ? L’histoire était finie, il ne servait à rien de faire dans la rancœur. Et c’était tout.



