C’est comme dans les colonies de vacances, le jour du départ. Les enfants sont réunis dans la cour une dernière fois, après l’appel matinal. Avec à leurs pieds, leurs affaires entassées pèle mêle dans des sacs ou valises. Les parents arrivent un par un. Ils laissent le moteur de la voiture familiale en route, descendent à peine, et chargent l’enfant derrière et les bagages dans le coffre. Mission accomplie. Il y a ceux qui viennent discuter avec le directeur ou les moniteurs pour savoir si leur enfant a été sage. Et il y a les parents qui arrivent en retard, très en retard, et qui laissent un enfant inquiet, perdu au milieu de la cour, qui a peur d’avoir été oublié et s’imagine déjà l’effroi d’une nuit de plus dans le grand dortoir – vide cette fois.
J’ai toujours eu l’impression que c’était à cet enfant qu’écrivains et scénaristes s’intéressaient. A cet enfant qui s’interroge sur son sort, qui se sent oublié, mais sur lequel se braquent les regards et la compassion de tous. Ici, c’est la même chose : j’ai laissé partir de mon esprit les premiers personnages potentiels, d’autres les avaient déjà pris et emmenés dans leur littévoiture. J’ai pris celui qui restait, une femme, Caroline Blake.
A bien la regarder, je ne comprends pas pourquoi elle a été oubliée. Elle a tout pour devenir une grande héroïne. En tout cas, ses amis le disent : « C’est un sacré personnage ! ».
Caroline Blake est issue de la petite bourgeoisie du côté de sa mère et de l’Armée américaine de Libération du côté de son père. Ses parents, se voulant responsables, ont attendu son mariage pour divorcer et épouser amant et maîtresse. Pendant vingt ans, ils ont vécu tout deux, non pas dans la peur que l’autre découvre la tromperie, mais dans celle que leur fille comprenne la situation et découvre qu’elle était davantage une enfant de l’Histoire qu’une enfant de l’Amour. Une enfant du sexe aussi. C’est pourquoi cela ne les dérangeait pas trop de continuer régulièrement leurs ébats pour donner l’image d’un couple normal à leur fille. Une petite mort bruyante le samedi soir et le contrat était rempli.
Caroline Blake est devenue cette femme d’une quarantaine d’années qui depuis, depuis ?... longtemps se croit à un tournant de sa vie. Délaissée par son mari (elle est sûre qu’il la trompe), elle n’envisage pas le divorce à cause de sa peur de la solitude. Elle craint le grand lit vide et préfère le partager avec un corps ronflant toujours mais devenu inactif à son égard, ou si peu. Femme au foyer, sans profession, son étiquette de femme d’intérieur lui colle à la peau. Vie creuse, sans étincelle. De moins en moins de rêves mais de plus en plus de résolutions. Rarement tenues.
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par Panthere Blanche
publié dans :
Caroline Blake : Le feuilleton en ligne
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